Nous vivons au sein d’une ère nouvelle. Dans l’ancien monde, la qualité de l’information n’était probablement pas meilleure. Bien au contraire, le pluralisme et l’accès facilité dont nous bénéficions sont, sans aucun doute, une aubaine. Mais, tout comme la cape d’invisibilité d’Harry Potter, encore faut-il en faire bon usage. De même que l’ensemble des avancées technologiques, cette aubaine comporte son lot de travers : surinformation, mésinformation, désinformation. Nous évoluons dans un environnement obésogène de l’information. Nos petits cerveaux ne peuvent y faire face. Il faut donc prendre le problème à la racine. Autrement dit, modifier les règles du jeu en revenant collectivement à ce que j’appellerai une inform(art)ion.

Nous sommes constamment abreuvés de ce que nous appelons communément des informations. Ces dernières portent en elles la prétention de nous apprendre quelque chose sur le réel. Dans les nouveaux canaux d’informations modernes, circulent ensemble des énoncés que l’on peut qualifier de vraies ou faux lorsqu’on parle de faits communs et de vraisemblables ou invraisemblables lorsqu’on parle de faits scientifiques. Je vais me concentrer sur les faits scientifiques ici.

Nos petits cerveaux ne peuvent faire face à l’environnement actuel de l’information © Magic Peanut

Le coeur du problème

Dans cet article, je vais plaider pour un avènement de l’« inform(art)ion ». Une information artistique en somme. Parce qu’une bonne information se mûrit et se réfléchit. En outre, c’est une création. Je vais m’extraire de façon volontaire des considérations économiques. Cet article tient plus de la vision que j’ai de l’information et de ce qu’elle devrait être selon moi que de la possibilité de la mettre en pratique. Je sais que c’est un problème. J’y reviendrai peut-être dans un prochain article.

À notre échelle, nous savons rarement faire la différence entre un propos vraisemblable ou invraisemblable, surtout lorsqu’il est question de sciences. Trop de facteurs entrent en jeu dans notre acceptation / refus d’une « information » : l’assurance du propos tenu, l’impact sur nos croyances et nos convictions, le fait qu’elle nous rassure, le peu de temps qu’on a à lui accorder, l’incapacité de remonter à la source primaire, et bien d’autres.

De plus, l’information est désormais régie, dans la majorité des cas, par un fonctionnement tel qu’elle ne peut tout simplement plus répondre aux objectifs de l’inform(art)ion : informer avec clarté, nuance et contexte sur un support adapté. En effet, on assiste à une production intensive d’informations, afin de répondre à des besoins économiques, de référencement, de publications, de cliques, de vues, etc. Je vous propose donc un court plaidoyer pour l’avènement d’une inform(art)ion scientifique. Je détaille ce qu’elle doit être selon moi à travers quatre piliers fondateurs. Sans plus attendre, je vous souhaite une bonne lecture.

Le premier pilier de l’inform(art)ion : le temps

Cela fait très cliché, mais c’est néanmoins vrai. Créer une bonne inform(art)ion scientifique, cela prend du temps. Il faut le temps de remonter aux sources primaires, à la formulation de l’hypothèse première, faire une régression presque infinie dans le cheminement des sources. Ensuite, il faut appréhender le contexte, car la science est interdépendante du milieu social dans lequel elle évolue. Ce sont des hommes et des femmes qui la font, pas des machines. Enfin, il faut mélanger tout cela, et créer une œuvre d’art. C’est le deuxième pilier.

Le premier pilier de l’informa(r)tion : le temps. © Magic Peanut

Le deuxième pilier de l’inform(art)ion : la création

Si on a besoin de temps, c’est bien pour cette raison. Une inform(art)ion est un mélange subtil de méthodes, de faits et de contextes sur un support adéquat. Et si on les assemble de la mauvaise façon, cela peut considérablement altérer sa qualité. Il faut prendre le temps de créer le bon socle, le bon support (écrit, oral, visuel, etc.) de choisir les bons mots, la bonne accroche, pour solliciter l’attention sans pervertir le message que l’on souhaite transmettre.

Ensuite, il faut faciliter son appropriation par le lecteur sans pour autant rendre cela digeste à outrance. Je pourrai oser la métaphore du repas. Une bonne inform(art)ion contient tous les ingrédients en quantité adéquate et est assaisonnée à la perfection. Si vous rajoutez trop de contenus superflus, elle devient trop difficile à digérer et le lecteur sera contraint de sortir de table sans avoir terminé. Si vous en enlevez, le lecteur pourra comprendre les choses de travers. Enfin si vous optez pour le repas mixé en bouteille, le lecteur pourra se penser expert du sujet et en oublier toute la complexité. Comme prendre un bon repas, consommer une bonne inform(art)ion requiert un certain temps.

Le deuxième pilier de l’informa(r)tion : la création. © Magic Peanut

Le troisième pilier de l’inform(art)ion : la transmission

Une information qui n’arrive pas dans le cerveau de ceux qu’on souhaite informer ne sert à rien. La transmission est donc une partie très importante de l’inform(art)ion. Il faut choisir le canal de transmission, l’heure, l’accroche, le visuel adéquat etc. Bref, la transmission est une partie éminemment importante. Par la suite, après avoir bien transmis, il ne faut pas retourner à ses affaires d’artistes. Non, l’artiste de l’inform(art)ion n’est pas un artiste comme les autres. Il veut absolument être compris et pour cela, il doit s’exposer au réel et par conséquent entrer dans la discussion. C’est le quatrième et dernier pilier.

La troisième pilier de l’informa(r)tion : la transmission. © Magic Peanut

Le quatrième pilier de l’inform(art)ion : la discussion

Comme je l’évoquais, inform(art)ion n’est pas l’un de ces arts où, si l’auteur est incompris, cela rend son œuvre charismatique. Bien au contraire. Le but d’un artiste qui fait de l’inform(art)ion, c’est d’être compris le mieux possible. La meilleure stratégie pour ce faire consiste à discuter avec les personnes qui contemplent son œuvre. Cela permet de repérer les éventuels défauts, les éléments à peaufiner, à améliorer, à modifier.

L’artiste de l’inform(art)ion réalise un travail d’équipe avec ses lecteurs. C’est un art modeste et proche de son public qui se veut – comme le dit très bien la formule de notre confrère Florian Gouthière – collectif, cumulatif et correctif. L’inform(art)ion, nous la construisons ensemble. C’est notre chantier à tous. L’artiste de l’inform(art)ion n’est rien sans ses précieux collaborateurs.

Le quatrième pilier de l’informa(r)tion : la discussion. © Magic Peanut

Quelques mots superflus

Je vous l’ai démontré, l’inform(art)ion est un processus éminemment créatif, qui demande donc du temps. Et comme tout art, il vise une utopie. Celle de faire en sorte que nous soyons tous des connaisseurs aguerris du réel mais surtout des limites de nos connaissances sur ce dernier. L’inform(art)ion vise ladite utopie pour mieux servir son fonctionnement intrinsèque. Car comme je le le disais, nous sommes tous des maillons de la chaîne d’inform(art)ion de par les histoires que nous racontons. Finalement, l’artiste de l’inform(art)ion, tel que je le conçois, est un utopiste obstiné autant qu’il est nihiliste optimiste et réaliste pessimiste. Son idéal le dépasse, son besoin de sens le transcende mais le réel le détruit. Pourtant, il s’est juré d’être son humble serviteur.